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Au
programme :
Introduction :
projection de la vidéo « Pascal R… », chiffres F.A.S.
Atelier
"écouter l'enfant",
avec deux modules:
- "écoutez
ce qu'il dit, regardez ce qu'il montre, évaluons ensemble" (docteur Françoise
Hochart, responsable du pôle de Référence Régional de Lille)
-"Le
poids de la parole de l'enfant dans le processus judiciaire" (docteur
Paul Bensussan)
Atelier
juridique,
avec 3 modules:
-"La
présomption d'innocence à l'épreuve des pratiques administratives et
judiciaires" : rappel des textes sur la présomption d’innocence
et le droit des victimes ; la procédure de signalement.
-"Droit
pénal et écoute de l'enfant" : rappel sur les procédures de l’écoute
de l’enfant ; la parole de l’enfant.
-"La
réparation aux atteintes à la présomption d'innocence et à la
non-culpabilité" : rapport sur le droit des victimes
Voici
non pas un compte-rendu exhaustif, mais quelques impressions sur ce colloque
qui va sans doute avoir une grande importance dans l’évolution des débats
et des pratiques sur ce sujet. Pour plus d’information, consulter le site de
la FAS-USU ( http://www.fas-usu.com.fr ). Les actes de ce colloque devraient
être disponibles fin juin auprès des sections départementales de l’Autonome
de Solidarité.
Sur
la méthode employée : l’introduction des débats est faite à partir
des chiffres de la FAS-USU,
« têtus mais bien réels », à savoir 73% des dossiers d’allégations
d’abus sexuels par des enseignants qu’elle a eu à traiter ont été classés
sans suite ou ont fait l’objet de non-lieu ou de relaxe, et aussi à partir
de deux vidéos sur les cas de deux enseignants. Les débats sont axés sur la
réalité du traitement de cette question, pas sur l’idée que l’on s’en
fait.
La
question de la réparation en cas d’accusation non fondée a été
longuement débattue, en insistant tout au long du colloque sur le fait que,
la réparation étant tellement aléatoire, il vaut mieux s’attaquer au
problème « en amont » de la judiciarisation : « L'erreur
est trop cruelle, qu'elle soit du côté de l'enfant comme de celui de
l'adulte pour se permettre d'accomplir, sans sourciller une injustice?Quant à
la réparation elle est tellement aléatoire qu'il vaut certainement mieux
s'attaquer au problèmes en amont afin de ne pas avoir à mettre en place
toute une armada de mesures qui ne seront que des rustines bien dérisoires eu
égard aux dégâts causés » disait Alain Aymonier, président de la Fédération
des Autonomes de Solidarité dans l’introduction du colloque.
Quelques
paroles tirées de l’intervention de Madame Hochart, responsable du Pôle de
Référence Régional Accueil des victimes d’abus sexuels Enfance en Danger
de Lille :
On
ne doit pas raisonner en terme de clan entre les tenants de l’écoute de
l’enfant et ceux de la présomption d’innocence. Comment pourrait-on faire
mieux, pour les enfants et pour les adultes, car les deux sont liés ?
Avant
on niait tout, après on a tout cru, et dans tous les cas on se précipite. On
fait n’importe quoi, tout s’emballe.
Lorsque
c’est un enseignant qui est accusé, ça ne peut pas être ses collègues
qui évaluent ces accusations.
Évaluons
ensemble. Les 73%, à quoi ça sert de judiciariser tout ça ? Les dégâts
sont terribles, ça fait réfléchir. Ne faut-il pas faire un tri préalable ?
Que n’arrivent aux tribunaux que des choses déblayées. Mais attention à
ne pas refermer le couvercle.
On
a pu entendre le docteur Bensussan à notre AG, aussi son intervention n’est
pas détaillée ici (voir Lettre aux adhérents n° 13). Voici juste quelques
propos : l’émotion est légitime et compréhensible des proches,
moins facile à accepter des cliniciens, inadmissible des experts, intolérable
des juristes. Attention à la dictature de l’émotion. Si l’enfant est
sacré, faut-il pour autant sacraliser sa parole ?
En
clôture, le ministre J. Lang est intervenu. Voici quelques extraits sans
commentaires: « …il faut sanctionner avec la plus grande rigueur
ceux des personnels qui font honte au beau métier d'éducateur et
d'enseignant…comme tous les citoyens, les personnels de l'Education
nationale ont droit à la présomption d'innocence. Il faut donc à tout prix
éviter les condamnations expéditives…J'attends, de ce point de vue, que
tous les responsables agissent et réagissent en professionnels, restent maîtres
de leurs capacités de jugement, et ne cèdent à aucune pression… Nous
sommes tous conscients des conséquences très lourdes d'une accusation non
fondée ou d'une dénonciation calomnieuse. Selon les circonstances, le déroulement
de l'enquête judiciaire, le retentissement qu'elle a pu avoir dans la
communauté éducative, l'écho donné par la presse à la procédure pénale
ou à des mesures administratives conservatoires, peuvent avoir porté
atteinte à la réputation des personnels mis en cause, et provoqué des
troubles dans leurs conditions d'existence, leur activité professionnelle et
leur vie professionnelle. Je veux, là encore, sans ambiguïté, que les
personnels injustement mis en cause, sachent que leur institution ne les
abandonne pas…[une prochaine circulaire donnera aux recteurs et aux
inspecteurs d’Académie] des instructions précises pour leur indiquer la
procédure à suivre quand des personnels de l'Education nationale, qui ont
fait l'objet de poursuites pénales, bénéficient d'une décision de relaxe
ou de non lieu...je vais demander aux Recteurs de prendre des mesures
particulières, au nom du Ministère de l'Education nationale… »
Impressions :Il
y a eu quelques coups de chapeau à la circulaire, « progrès
incontestable », mais ce qui a marqué ce colloque, c’est une réelle
insistance pour dépasser cette situation, avec une reprise de la question de
l’évaluation préalable avant judiciarisation. Est-ce que les pôles de référence
peuvent jouer un rôle dans cette éventuelle évaluation avant
judiciarisation ? Á creuser.
Ce
colloque a permis un vrai dialogue entre le point de vue du docteur
Paul Bensussan et celui du docteur
Françoise Hochart, sur les points qui nous semblent importants (le
reste du colloque est aussi important, sur les questions de la réparation,
les mesures liées à la présomption d'innocence etc..., voir le site de l’Autonome).
Il faut essayer de donner un certain écho à ce qui a été exprimé,
notamment sur le fait que ce n'est pas "les uns contre les autres"
qu'il faut raisonner, ni en terme d’ « équilibre »,
qu'en gros les entrées sont différentes mais non contradictoires et autant légitimes,
et que le dialogue doit continuer.
Une
limite importante : le processus judiciaire a été abordé, mais pas
tellement sous la forme « la justice ne prend pas les moyens d’établir
la véracité des faits ». Les décisions de justice ne sont pas trop
discutées.
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Tableau
mis à jour donnant les chiffres de la Fédération des Autonomes de Solidarité :
|
Année |
Dossiers |
Non
clos |
Clos |
Sans
suite |
Relaxe |
Condamnation |
Suicide |
|
96-97 |
132 |
50 |
82 |
43 |
14 |
24 |
1 |
|
97-98 |
175 |
68 |
107 |
60 |
14 |
33 |
0 |
|
98-99 |
111 |
51 |
60 |
36 |
8 |
15 |
1 |
|
99-00 |
68 |
32 |
36 |
26 |
7 |
2 |
1 |
|
00-01 |
80 |
70 |
10 |
3 |
2 |
5 |
0 |
|
Totaux |
566 |
271 |
295 |
168 |
45 |
79 |
3 |
|
|
|
|
|
213 |
|
|
|
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Intervention
de B. Bossard dans l’atelier « Ecouter l’enfant » du colloque de
la FAS-USU de février 2002.
Je
voudrais intervenir sur deux points.
Le
premier sur la judiciarisation :
Par
exemple, un enseignant est mis en cause et condamné pour attouchement sexuel
avec un stylo par dessus les habits. Par exemple, comme pour les profs d’EPS,
des enseignants en maternelle ou primaire, ou détachés en IME, sont mis en
cause pour des gestes qui relèvent de gestes professionnels. Une mauvaise
interprétation de gestes de professionnels dans un cadre professionnel se
retrouve dans plusieurs cas de « mis en cause ».
La
rédaction d’un non-lieu d’un prof d’EPS précise :
« Il
ressort des pièces de la procédure et plus particulièrement des déclarations
des élèves plaignantes, que les actes dénoncés sont tous des attouchements
effectués lors d’exercices de gymnastique, de piscine ou de match de
volley-ball qui, tous, objectivement, peuvent parfaitement relever de l’aide
technique afin d’accomplir un mouvement sportif ou montrer le geste adéquat.
Si l’on analyse les déclarations recueillies, seule l’interprétation très
subjective qui en est faite par ces élèves, leur donnent une connotation
sexuelle, … »
N’aurait-on
pas pu faire l’économie d’une procédure judiciaire destructrice pour tous
les protagonistes !
Nous
critiquons la circulaire signée par les ministres Allègre et Royal car elle
assimile parole d’enfant et connaissance des faits.
Nous
proposons un temps d’évaluation avant judiciarisation, peut être dans des
lieux comme les pôles de référence régionaux. Ce qui n’est pas un obstacle
à la judiciarisation si nécessaire. Si ce colloque de la FAS-USU avançait sur
ce point d’évaluation en amont de la judiciarisation, ça serait un grand
pas.
%
Ne
cachons pas les débats qui existent parmi les professionnels de l’écoute de
l’enfant. On a entendu certains traiter les autres de « négationnistes »,
de « Faurisson », qui sont des termes lourds. On a vu à la télé
un responsable du pôle de référence de Béziers expliquer comment il
recueillait les témoignages d’enfants avec des poupées : «
Alors le zizi il te l’a mis là, ou là,… ». Comme interrogatoire non
suggestif, on doit pouvoir faire mieux.
Mais
les débats contradictoires doivent pouvoir faire avancer cela.
Le
deuxième point sur lequel je voulais intervenir est plus difficile à aborder,
mais je pense qu’il a sa place dans ce colloque. On parle de classements sans
suite, non-lieux ou relaxes au bénéfice du doute. Mais on peut parler de
condamnation au bénéfice du doute.
Nous
disons que parfois la justice ne prend pas les moyens d’établir la véracité
des faits. Montrer cela demande souvent de se plonger dans une affaire. Je donne
l’exemple abordable le plus rapidement, celui où la personne mise en cause
est condamnée sans qu’il y ait eu d’instruction.
Par
exemple, un enseignant condamné sans qu'il y ait eu d'instruction à 6 mois de
prison avec sursis en première instance, est relaxé en appel. La notification
de la relaxe en appel argumente sur le fond, et s'étonne "qu'une
affaire aussi importante n'ait pas fait l'objet d'une instruction et qu'elle ait
été jugée à une audience tenue en Juge Unique" en première
instance. De quoi laisser à réfléchir sur le fonctionnement de la justice
dans ces affaires!
Site de la Fédération des Autonomes de Solidarité