LA PROTECTION DE L'ENFANT ET SES DERIVES
PAUL BENSUSSAN - FLORENCE RAULT
Belfond, 2002, (276 p. ; 18 €)
Un enseignant peut-il aujourd'hui consoler un enfant sans risquer une convocation à la brigade des mineurs ou une suspension par son académie? Un père divorcé peut-il encore manifester de la tendresse à son enfant sans se voir suspecté d'être un abuseur potentiel?
Tout indique que notre société, bouleversée par quelques affaires particulièrement atroces, est entrée dans l'ère du soupçon. En matière de protection de l'enfant, l'heure est à l'obsession de la maltraitance sexuelle et aux amalgames expéditifs. La réflexion a cédé le pas à l'émotion et aux fantasmes.
Loin de nier la réalité de la violence sexuelle sur mineurs et forts d'une longue expérience clinique et judiciaire, un expert psychiatre et une avocate dénoncent ici ces multiples dérives. Fondée sur l'analyse de cas réels, La Dictature de l'émotion est un précieux outil de réflexion qui affronte courageusement les idées reçues et propose une vision nouvelle et percutante d'un sujet d'une brûlante actualité.
A TRAVERS LA PRESSE
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Article de Françoise Petitot paru dans « la lettre du
GRAPE » n°48 de Juin 2002 (8,rue Mayran 75009 Paris) pour présenter le livre
de Florence Rault et Paul Bensussan, La dictature de l’émotion, la
protection de l’enfant et ses dérives (Paris, Belfond 2002)
Tous
les professionnels qui travaillent avec les enfants savent à quel point ils
vivent depuis maintenant quelques années dans ce que nous avons appelé, lors
d’un de nos récents colloques, L’ère du soupçon(1).
Paul Bensussan, psychiatre, expert auprès de la cour d’appel de Versailles,
et Florence Rault, avocate auprès du barreau de Paris et collaboratrice du
collectif JAMAC, nous démontrent à travers de nombreuses situations comment
l’émotion soulevée par les affaires de pédophilie et d’inceste a suspendu
la capacité de réflexion et d’analyse en matière de suspicion d’abus
sexuels. Il n’est évidemment pas question de nier que de telles affaires
existent et ne peuvent être passées sous silence. Mais à côté des « affaires »
réelles existent de nombreuses « histoires » nées dans le
malentendu, la méconnaissance de la sexualité infantile et la rumeur.
Certes, en matière d’abus sexuels, la preuve n’est pas
toujours facile à faire et l’on peut s’indigner de décisions de non-lieu
faute de preuves. Mais cette nécessité de la preuve tend à disparaître
devant l’indignation qu’un tel acte puisse échapper au châtiment, quitte
à punir un innocent. L’incertitude du doute ne profite pas aux accusés mais
à ceux qui se disent victimes. Cela n’est évidemment pas sans conséquences
sur les mis en cause dont la vie peut être ravagée, voire anéantie, par les
effets de soupçons infondés. Mais elle a aussi des conséquences inquiétantes
sur la vie des enfants souvent pris au piège de ce qu’ils ont « dénoncé »
souvent dans la bonne foi de leurs représentations infantiles, souvent dans
l’aliénation au discours d’un adulte (en particulier dans les situations de
divorce conflictuel).
Au-delà,
cette suspicion généralisée a des conséquences qui pourraient s’avérer
fort graves dans l’avenir sur l’éducation des enfants. En effet, cette éducation
des enfants est aussi faite de corps à corps, de caresses, de touchers
contenants ou apaisants. Que deviendrait un enfant que l’on ne pourrait plus
toucher ? En ces temps où s’organise la garde alternée des enfants,
comment assumer la fonction « maternante » que les pères ont à
prendre en charge si chacun de leurs actes corporels peut être suspecté
d’ambiguïté ? Comment ne pas tomber dans l’amalgame entre des actes
parentaux ou éducatifs de « soin » de l’enfant et les touchers
qualifiés de sexuels ? La différence est souvent ténue et tient bien
souvent à l’appréciation de celui ou celle qui s’instaure comme « victime »,
quand ce n’est pas à l’interprétation souvent imprudente, voire
malveillante, d’un adulte.
Ces
récits de situation auxquels font suite les réflexions du psychiatre et de
l’avocate donnent nombre de repères pour évaluer plus sereinement les
discours des enfants et des adultes en se distanciant de l’émotion que la
plupart du temps ces récits suscitent.
Françoise Petitot
Sous la direction de Françoise Petitot, L’enfant,
l’adulte, la loi : l’ère du soupçon ?, Toulouse, Érès,
coll. « Les recherches du GRAPE », 2001