PRESSE

EDITO MOT DU PRESIDENT DECLARATION STATUTS MIS EN CAUSE NOUS ECRIRE ADHERER BIBLIO LIENS PRESSE AGENDA

ARTICLES DIVERS
28 mars 2002

Libération

La pédophilie sur la place publique  
février 2002 revue de l'Ecole Emancipée n°7 Violences à enfants dans l'Éducation Nationale

octobre 2001

Journal du Droit des Jeunes n°208

Pour un accueil respectueux de la parole de l'enfant Jacques Trémintin

 

semaine du 7 juin 2001

Le Nouvel Observateur n°1909

Pédophilie La grande angoisse de l'école           Anne Foh

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semaine du 7 juin 2001

Le Nouvel Observateur n°1909

Vincent: "Il ne suffit pas d'être innocent..."

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mercredi 23 mai 2001

Libération

Suicide et correctionnelle pour un soupçon de pédophilie Jacky Durand

 

18 avril 2001

Le Monde

Un collectif d'enseignants dénonce les "signalements sans précaution" Stéphanie Le Bars

 

avril 2001 

revue de l'Ecole Emancipée n°10

Réflexions sur les interventions au congrès FSU

mars 2001

Journal du Droit des Jeunes

Pédophilie : de l’excitation à la  réflexion     Marceline Gabel

 

9 mars 2001 Libération Pédophilie : raison garder                X. Lameyre et     M. Quemeneur  
  mars 2001 revue de l'Ecole Emancipée n°8 Violences sexuelles sur enfants - Quelle position pour la FSU  
2 mars 2001 Libération Du « tous pourris » au « tous pédophiles »      F. Rault et P. Bensussan  

16 février 2001

Le Monde

 La circulaire Royal suscite encore le débat chez les enseignants Sandrine Blanchard Nathalie Guibert

 

14 février 2001 Le Monde Les accusations de pédophilie contre un instituteur provoquent un malaise au sein de l’ Éducation Nationale         Etienne Banzet  
11 mai 2000 Libération Enquête sur une affaire trop exemplaire F.M. Santucci  

vendredi 21 avril 2000

Libération

Pédophilie: la justice piégée                               Paul Bensussan 

 

19 avril 2000

Le Figaro

Des professeurs face au pire des soupçons

 

avril 2000

Journal du Droit des Jeunes n°194

Faits et méfaits de la psychothérapie

 

25 février 2000

Le Monde

Ecole: La fin de la culture de l'étouffement Stéphanie Le Bars

 

  Le nouvel Observateur n°1885 Du silence au soupçon, l’impossible sérénité           Sara Daniel   
27 novembre 1999 Aujourd'hui en France -  Le Parisien Des enseignants mis en cause se rebellent Christophe Dubois  
5 juillet 1999 Libération L'élève Sabrina ou le rêve de Sade Didier Arnaud  
29 mars 1999 Libération J'ai peur quand un enfant approche F.M. Santucci  
mars 1999 Contre Pied n°4 « Pas de pédagogie sans risques…Réflexions sur “violences sexuelles”, fantasmes pubertaires,… et violation de la présomption d’innocence » Marcel Berge  

 

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VIOLENCES SEXUELLES SUR ENFANTS - QUELLE POSITION POUR LA FSU?

Alors que la FSU était silencieuse à ce sujet depuis sept 97 (date de parution d’un cahier de l’Institut de Recherche de la FSU), son congrès national de janvier 2001 a abordé la question des accusations d’agressions sexuelles sur enfants par personnes ayant autorité. Depuis, l’affaire de Cormeilles a remis au devant de l’actualité le sujet, rendant le débat urgent. Celui-ci ne doit néanmoins pas être bâclé.

Alors que la discussion sur ce thème n’était pas prévue dans le congrès de la FSU, elle a été initiée par un mandat de la section départementale de la FSU des Alpes de Haute Provence,  le mandat du SNEP d’intervenir sur la circulaire Allègre-Royal et sa demande de renégociation, et par la distribution au congrès d’un texte signé par un certain nombre de membres et responsables de la FSU qui ont été en contact, à divers titres, avec des mis en cause criant leur innocence et faisant appel au syndicat (voir extraits ci-contre).

La non-préparation explique peut-être pour une part la façon chaotique et conflictuelle dont la discussion s’est engagée. Alors que les initiateurs de ce débat, critiques sur la politique du ministère de l’Education Nationale illustrée par la circulaire Allègre-Royal d’Août 1997, demandaient l’ouverture de la discussion dans la FSU, les rapporteurs du thème 2 intégraient dans la motion distribuée aux congressistes, sans discussion, un texte inspiré par la direction du SNUipp qui validait totalement cette circulaire. Ce qui revenait à clore la discussion avant qu’elle ne soit ouverte. Le procédé est douteux, mettons le sur le compte de la non-préparation. Toujours cette rédaction était inacceptable pour le SNEP, qui demande la renégociation de cette circulaire. Aucune rédaction commune n’ayant pu être trouvée, cette partie du texte est alors retirée, et la discussion remise à un prochain CDFN.

Souhaitons que le CDFN organise ce débat indispensable dans la durée, ne le referme pas trop rapidement. Il faut d’intégrer l’expérience des différents cas passés ou en cours, quels qu’ils soient ainsi que les réflexions existant sur ce sujet. Citons entre autres le travail de la psychanalyste Françoise PETITOT et du GRAPE, et le débat disponible sur cassette vidéo (production ANTHEA) entre Marceline GABEL,  responsable de l’Observatoire de l’Enfance en Danger à l’ODAS, et le docteur BENSUSSAN, psychiatre expert auprès des tribunaux, débat intitulé : « Fausses allégations d’abus sexuels : une autre forme de maltraitance ».

Des positions ont été exprimées à ce congrès, elles doivent être considérées comme des contributions à ce nécessaire débat, soumises à la critique, j’y reviendrai dans un prochain article. L’acceptation de cette circulaire Allègre-Royal ne peut être un préalable, ne serait-ce qu’en mémoire des drames qu’elle a entraînés. Ce débat doit se donner pour objectif d’avancer vers des procédures plus respectueuses et de la protection de l’enfant et de la présomption d’innocence.

 

 

Extraits du texte distribué aux congressistes de La Rochelle

 

 

Accusations d’agressions sexuelles sur enfants par personne ayant autorité

Signataires de ce texte : Pascal Anger, Bruno Landon (SNEPAcadémie de Nantes), Marcel Berge (SNEP), Benoît Bossard (SNES 44), Roland Garcin et  Serge Dho (secrétaire et co-secrétaire départemental de la FSU  04), Laurence Pini (secrétaire départementale en 1997 du SNUipp 04) Luc Mamin (secrétaire départemental SNUipp 47), Thierry Martin (SNUipp 49),), Claude Pourcel (secrétaire départementale SNUipp 18)

L’Education Nationale montrée du doigt :

Il y a peu de temps, les agressions sexuelles envers les enfants étaient tues. L’Éducation Nationale, pour se protéger en tant qu’institution et ne pas se discréditer, a passé sous silence des comportements délictueux (…) Cela doit être dénoncé et condamné.

Dans les années 1996-1997, la situation a changé avec l’affaire Dutroux  (…) le comportement de l’Institution a changé aussi, pour que l’on ne puisse plus l’accuser de cacher des comportements délictueux comme auparavant, mais avec le même souci premier : s’auto-protéger.

Quelles conséquences pour les personnels ?

Des signalements à la justice sont faits dans la précipitation, sans précautions, et de nombreux cas montrent que ces procédures rapides ne protègent ni l’enfant, ni l’adulte mis en cause, mais seulement l’institution.(…)

Que sont devenus ces 381 signalements entre 1997 et 1999 ? Combien y a-t-il de classements sans suite, de non-lieux, de relaxes, de condamnations, d’affaires encore en cours ? Ces chiffres existent au ministère ! Leur publication serait un premier élément d’évaluation, d’autres éléments d’évaluation étant l’attitude de la justice, et des administrations locales et nationales.

Il est grand temps que les effets de la circulaire d’août 1997 soient enfin évalués et que l’on remédie aux effets négatifs.

La circulaire d’août 1997 « Instruction concernant les violences sexuelles » signée des ministres C. Allègre et S. Royal impose le signalement au procureur, et donc le déclenchement de la justice, “dès qu’un élève a confié à un membre de l’Éducation Nationale des faits dont il affirme avoir été victime”, alors que la loi elle parle de “connaissance des faits”. Ce trait d’égalité tiré entre “confidence d’élève” et “connaissance des faits” est lourd de conséquences (…) De tels faits sont pris à juste titre comme une trahison de la confiance mise dans l’école. Mais cela doit inciter à d’autant plus de précautions dans le traitement de ces affaires, dont les effets peuvent être dévastateurs tant pour les enfants que pour les personnels injustement accusés.

Il ne s’agit pas de revenir à la situation antérieure, inacceptable, qui permettait de cacher des crimes et de les laisser impunis. Tout comportement délictueux et a fortiori criminel doit être sanctionné. Personne ne peut nier que de tels faits se sont produits. Mais personne ne peut nier que des accusations non fondées ont entraîné des situations dramatiques et pour les personnes accusées et pour les enfants, souvent à partir de signalements à la justice faits sans précaution ni discernement. Cette circulaire doit être revue.

Et la FSU dans cela ?Quelles responsabilités pour notre Fédération ?

(…)Pourtant devant la complexité du problème, ce genre d’affaire ne peut se limiter à un traitement cas par cas. La FSU doit se saisir des questions de fond que soulève ce dossier. Dans la présentation du cahier édité par l’institut  de recherche de la FSU en 1997, intitulé « Ecole et violences sexuelles », on lit : « …les textes sont une chose, leur application dans une situation concrète en est parfois une autre. Interviennent alors les incertitudes inévitables lorsqu’il s’agit en même temps d’assurer la protection des jeunes dans les établissements d’éducation - c’est évidemment la plus absolue des priorités - et les principes généraux du droit – au premier rang desquels la présomption d’innocence… ».

Aujourd’hui notre fédération doit prolonger cette réflexion en examinant depuis trois ans les effets de la circulaire de 1997 à partir des nombreux cas qui se sont produits, en intervenant auprès des autorités pour que les effets négatifs de cette circulaire soient revus. Et cela ouvre toute une réflexion sur la conception des métiers de l’éducation ( incidences sur l’acte pédagogique, quelle place du corps dans l’acte d’apprendre, risques du métier…les questions sont loin d’être toutes répertoriées) (…)

 

                                                                         

 

Réflexions sur les interventions au congrès FSU

Cet article fait suite à un précédent article rendant compte de la façon dont le congrès de la FSU a abordé la question des accusations de violences sexuelles par personne ayant autorité dans l’Education Nationale. J’ai abordé ce sujet de façon plus générale dans des articles précédents, auxquels je renvoie.

Le texte intégré, puis retiré, à la motion du thème 2 de ce congrès par les rapporteurs, comme l’intervention faite au nom du SNUipp à la tribune, valide sans débat la circulaire Allègre-Royal.

Il n’est pas possible d’imposer en préalable au nécessaire bilan sur ces questions une acceptation des procédures préconisées par la circulaire Allègre-Royal, ne serait-ce qu’en mémoire des enseignants qui n’ont pas supporté la mise en cause (Bernard HANSE, Vincent COSSON,…) et des autres situations dramatiques engendrées à partir d’accusations qui se sont révélées non fondées. L’application concrète de cette circulaire a montré des aspects négatifs. On nous dit que cette circulaire n’a pas que des aspects négatifs. Sans doute, et ceux qui de leur place y voient des aspects positifs doivent étayer leurs affirmations par des éléments concrets, pas seulement des paroles. Le contact avec des mis en cause qui crient leur innocence, les procédures concrètes auxquelles ils sont confrontés montrent des aspects négatifs. Cela doit être pris en compte. Revenons sur la genèse de cette circulaire.

 En 96, c’est l’affaire Dutroux qui engendre une vague d’accusations de violences sexuelles. La dissolution provoque l’arrivée inopinée en juin 97 d’un gouvernement dit de « gauche plurielle » avec C. Allègre au Ministère de l’Éducation nationale, de la recherche et de la technologie, S. Royal étant Ministre déléguée chargée de l’Enseignement scolaire. Dès fin juin, un projet de circulaire est communiqué aux divers partenaires, notamment aux syndicats, et le 26 août 97 sort la circulaire « Instruction concernant les violences sexuelles » signée de C. Allègre et S. Royal.

C’est donc une circulaire rédigée rapidement, dans le climat ouvert par l’affaire Dutroux, alors que les accusations sur les enseignants deviennent de plus en plus fréquentes. Ses premiers mots annoncent son souci : «  L’actualité récente a mis en lumière de nombreux faits de pédophilie commis au sein de l’institution scolaire ou à l’occasion d’activités extérieures organisées par des établissements ». Certains éléments, certaines critiques syndicales au projet de circulaire, par exemple du SNEP, montraient la nécessité de précautions dans le traitement de ces affaires. Surtout, le suicide de Bernard HANSE (juin 97) provoqué par la procédure préconisée par la circulaire, aurait pu interroger ses rédacteurs.

Au lieu de cela, on a pu entendre les réactions de Mme Royal après les rétractations de l’enfant ayant accusé Bernard HANSE : « L’enfant s’est peut-être rétracté sous la pression des adultes » (Libération). Ce ministère était vraiment bien loin des interrogations nécessaires. Ce sentiment est renforcé par le compte-rendu d’une délégation du SNEP au ministère, donné par Marcel BERGE dans la revue « Contrepied »n°4 de mars 1999 : « Reçus au cabinet de Ségolène Royal en février dernier, nous avons donné à son conseiller, le juge Hayat, des exemples de graves violations de la présomption d’innocence et de comportements, que nous jugeons irresponsables, de certains chefs d’établissement. Il n’a pas contesté les faits ; mais nous nous sommes entendus répondre que les ministres estiment que si un enfant peut être préservé au prix de neuf enseignants accusés à tort, l’objectif est rempli ! [c’est moi qui souligne](…) le conseiller précisait que ces propos n’étaient pas de lui mais devaient être attribués à « ses » ministres ! Comment douter, dès lors qu’il s’agissait d’un choix politique…».

Autre élément à ce sujet, le rapport de l’IGAEN ( Inspection Générale de l’Administration de l’Education Nationale) de novembre 99 note : « À la question de savoir comment ces affaires étaient traitées auparavant, la réponse est d’autant plus difficile que la matière sur laquelle il y aurait lieu d’enquêter ne laisse guère de traces administratives. »Et un peu plus loin : « en l’absence de "toute trace administrative"… ». Façon de dire qu’aucun document n’existait.

Cette circulaire n’était pas un texte pesé en fonction des cas concrets qui étaient déjà connus, mais était conçue comme une réponse à un état de l’opinion publique à ce moment, une volonté d’ « envoyer un signal fort à l’opinion », et l’utilisation médiatique qui en est faite encore aujourd’hui renforce ce sentiment. Reste à tirer un bilan de ce « signal fort », sans préalable !

 

Le texte intégré puis retiré du thème 2 « considère que la réhabilitation des personnels mis en cause puis innocentés n’est pas suffisamment prise ne compte ». C’est le moins que l’on puisse dire en examinant la façon dont cela se passe sur le terrain. Et une intervention syndicale sur ce point est indispensable. Mais il ne faut pas se cacher que cette nécessaire réhabilitation a souvent un caractère dérisoire en regard du mal qui est fait, lorsque, comme le disait un ami, le mis en cause n’est plus que l’ombre de lui-même après plusieurs années de suspicion et de suspension. Et que dire d’une réhabilitation dans le cas de Bernard HANSE et de Vincent COSSON, et d’autres ! Un processus de réhabilitation est indispensable, mais ne remplace pas les nécessaires précautions pour que l’engrenage judiciaire ne soit pas enclenché de façon abusive.

 

Dans son intervention, le rapporteur du thème 2 parle « …du texte qui concerne les missions et le rôle des personnels par rapport à la protection de l’enfance en cas d’agression sexuelle… ». Glissement de langage sans doute. En cas d’agression sexuelle, en cas de « connaissance des faits » comme le dit la loi, il doit y avoir signalement à la justice, ça ne se discute pas. C’est en cas de confidence d’enfant interprétée comme accusation de violences sexuelles que le débat a lieu : est-ce que « confidence d’enfant » équivaut à « connaissance des faits ». C’est ce glissement qui est abusif, et qui a des conséquences dramatiques.

 

Dans l’intervention faite au nom du SNUipp, il est dit que le syndicat doit « être du côté des victimes ». Mais qui est victime en cas d’accusations infondées ? L’adulte mis en cause, certainement (ainsi d’ailleurs que sa famille), l’enfant qui est confronté à un processus qui le dépasse, certainement aussi. Le cas de Bernard HANSE est là encore significatif, tout comme celui de Vincent COTTALORDA, ou de Charles HUREAU et de bien d’autres (voir articles précédents dans la revue). Et qui décide au début d’une affaire qui est victime ?

Dans l’intervention faite au nom du SNPESpjj, il est dit : « On constate que dans l’immense majorité des cas les faits relatés recouvrent une réalité ». Le SNPESpjj doit développer là-dessus et donner les éléments concrets sur lesquels il s’appuie pour donner ce point de vue dans le cas d’accusations de violences sexuelles par personnes ayant autorité dans l’Education Nationale, type de cas pour lesquels est faite cette circulaire Allègre-Royal. Le ministère avance 250 signalements au Procureur pour l’année scolaire 97-98, et 131 pour 98-99. Mais alors qu’il connaît la situation pénale actuelle de ces 381 « mis en cause », il refuse de la donner: combien de classements sans suite, de non-lieux, de relaxes, de condamnations, d’affaires encore en cours. Les chiffres ne seraient-ils pas assez démonstratifs du bien fondé des procédures préconisées ? Sur cette période, parmi la vingtaine d’affaires dont le collectif JAMAC a connaissance, il y a 2 condamnations, 10 mises hors de cause (5 classements sans suite, 3 non-lieux, 2 relaxes), 6 affaires en cours, et deux affaires dans lesquelles l’enseignant mis en cause a mis fin à ses jours. Ce sont des chiffres partiels qu’on ne peut pas extrapoler, mais qui justifient les interrogations. La donnée des chiffres globaux serait un premier élément concret indispensable. On pourra dire que les mis hors de cause ne sont peut-être pas innocents, et que les condamnés ne sont peut-être pas coupables. Deux interrogations légitimes, qui renforcent la nécessité de précautions dans l’enclenchement de la justice, car il reste toujours, au moins dans l’opinion, un doute même lorsque la personne est mise hors de cause. Et l’on a vu des cas où les procédures employées (absence d’instruction, instruction faite qu’à charge) laissent de sérieux doutes sur la culpabilité effective du mis en cause, malgré sa condamnation. Avancer sur ce point nécessite d’étudier plus précisément des cas concrets, les procédures réelles mises à l’œuvre. C’est un gros travail, qui doit être fait, et qui ne se réglera pas par une déclaration de congrès.

                                                            

                                                              

Jeudi 21 février

Colloque

de l’Autonome de Solidarité

La Fédération des Autonomes de Solidarité (FAS) organise un colloque sur le thème "Ecouter l'enfant et respecter la présomption d'innocence" le jeudi 21 février à la Mutualité à Paris. Il sera sans nul doute une échéance importante dans le nécessaire débat, qui ne vient que de commencer, sur ce sujet.

Depuis quelques années, la FAS a vu augmenter de façon importante le nombre d’enseignants s’adressant à elle pour des affaires dites "de mœurs", principalement des accusations d’agression sexuelle envers des enfants : 16 en 94, 18 en 95, 69 en 96, 80 en 97, 130 en 98.

Entre 1996 et 2000, sur 285 accusations sur des affaires de mœurs recensées par la Fédération, et terminées à ce jour, 208 ont fait l’objet de classement sans suite, de non-lieu ou de relaxe, et il y a eu trois suicides.

L’Autonome signale que "suite à ces accusations, c’est souvent un désastre psychologique chez l’adulte concerné qui va suivre… Ces mises en cause, lorsqu’elles ne sont pas fondées, posent le réel problème de l'écoute attentive et nécessaire de la parole de l'enfant, sans pour autant renier la présomption d'innocence".

Ce colloque fera suite à celui que la FAS a organisé en février 2000 sur le thème "Enseignement et Justice", avec une commission particulièrement intéressante intitulée "Etat de la jurisprudence dans le domaine de la violence et des atteintes aux mœurs" (on peut se procurer les actes de ce colloque auprès de la FAS).

De son côté, le Ministère de l’Éducation Nationale n’a toujours pas rendu public les éléments en sa possession : combien y a-t-il eu d’accusations ces dernières années, combien y a-t-il eu de classements sans suite, de non-lieux, de relaxes, de condamnations ? Comment interpréter les réticences à donner ces chiffres, alors que le ministère précédent utilisait en effet d’annonce les chiffres des accusations, en les présentant abusivement comme des cas de violences sexuelles (les chiffres de l’Autonome montrent qu’entre accusation et fait avéré, il y a plus qu’une nuance !) ? Ces chiffres ne sont-ils pas assez démonstratifs du bien fondé de la politique suivie ? L’actuel ministère aurait déclaré dernièrement à une délégation du SNUipp qu’il n’avait pas de statistiques fiables. Sur quels éléments concrets se basait donc la mise en place de cette politique et sa continuation ?

Ces dernières années, la revue a donné dans plusieurs articles certains éléments sur le sujet, et a notamment rendu compte de la réflexion du Collectif JAMAC, association qui s’est donnée pour objet "d’œuvrer à l’établissement de procédures ayant le double souci de la protection de l’enfant et du respect de la présomption d’innocence en cas d’accusation de violences sexuelles dans l’Education Nationale".

Ce numéro présente la situation de certains enseignants mis en cause, les textes de deux responsables syndicaux du Cher sur la question de l’attitude syndicale dans ce genre d’affaires, et des extraits de l’intervention à l’AG de JAMAC de Paul Bensussan, psychiatre, sur le poids de la parole de l’enfant.

Benoît Bossard

Loire-Atlantique


Les problèmes de pédophilie dans l’Education Nationale

 ne peuvent pas être traités de façon binaire, simpliste :

Ni "le silence des agneaux"

Ni "les risques du métier"

Violences à enfants

dans  l’Education Nationale

Ecouter, réagir, pour protéger, prévenir, punir si besoin est.

Mais aussi travailler en professionnels, se garder de la précipitation, de la médiatisation, éviter les raccourcis et l’angélisme.

De trop nombreux enfants ont subi des sévices.

De trop nombreux adultes se sont tus quand ils savaient… pire, ont parfois été complices.

C’est si écœurant, révoltant, odieux, que même en prison les violeurs d’enfants sont mis au ban de toute humanité par les autres prisonniers et doivent régulièrement être protégés.

Un adulte ayant autorité sur un enfant, qu’il soit de la famille, enseignant, éducateur, médecin… est doublement comptable de ce qu’il fait. Ce n’est que justice : inscrit dans la loi et de mieux en mieux appliqué ces dernières années.

L’opinion supporte de moins en moins les atteintes aux droits de l’homme ? Elle permet de plus en plus aux victimes, notamment les enfants et les femmes, de s’exprimer, d’être entendues et secourues ? TANT MIEUX ! C’est sans conteste un immense progrès.

Mais cela n’empêche pas de réfléchir…

Pour empêcher de nouvelles injustices,

de nouvelles victimes,

de nouvelles hypocrisies.

 

Nous sommes parents

À ce titre, la première réaction que nous avons à la découverte d’actes de pédophilie est légitimement émotionnelle et violente :

"Et s’il s’agissait de nos propres enfants ? Que la punition soit à la hauteur du crime et du mal fait !"

Nous sommes aussi enseignants

À l’écœurement de savoir que des collègues peuvent se livrer à des actes aussi odieux, suivent des pensées beaucoup plus complexes et qu’il n’est pas de bon ton d’exprimer actuellement… mais qu’il faut pourtant examiner, sinon on en reste à un traitement aussi superficiel que dangereux à plusieurs titres.

Nous vivons souvent des conflits dans la classe, dans l’équipe pédagogique, avec les parents de certains de nos élèves. Ces conflits, nous les désamorçons le plus souvent, cela fait partie de notre métier. Mais il arrive aussi que nous échouions et c’est

- la gifle à un élève insupportable (ou le coup de pied aux fesses)

- des accrochages avec des membres de l’équipe (pouvant aller jusqu’à la guerre larvée)

- des problèmes avec des parents d’élèves pouvant aller de l’accrochage à la sortie des cours à la pétition contre un enseignant, voire à la plainte en justice.

Et là, on se dit :

"Et si ça m’arrivait à moi ? "…

Pour ma part, je suis aussi syndicaliste… au SNUipp

J’ai malheureusement eu à accompagner deux enseignants, accusés d’ "atteintes sexuelles" sur un ou plusieurs de leurs élèves. Et là, j’ai bien dû me poser des questions douloureuses, immédiatement et simultanément :

"Et si c’était vrai ?" 

"Et si c’était faux ?"

Bien sûr, on ne peut répondre à aucune des deux… jamais ! ni le jour même, ni après que "la justice soit passée". (sauf en cas d’aveux complets ou de retour des enfants sur leurs déclarations - ce qui arrive -). Le doute reste toujours, à jamais !


Alors, que faire ?

La seule solution m’a semblé être de faire face à tout et d’admettre :


Oui, il y a des crimes commis par des collègues.

Oui, des risques existent que des pervers sévissent dans nos écoles, ne serait-ce que parce qu’on peut y approcher les enfants quotidiennement (même si l’on sait que l’immense majorité des cas d’abus se passent dans la famille).

Oui, il y a des accusations malveillantes venant de familles (ou d’élus locaux) sans scrupule cherchant à régler un conflit quelconque avec un enseignant. Le choix d’une accusation d’atteinte sexuelle est radical ! Le respect de la présomption d’innocence prend alors une importance primordiale, ainsi que la dignité des interpellations, des interrogatoires et autres procédures judiciaires qui sont insupportables pour des innocents.

Oui, les enfants sont capables de mentir ou de "transférer" sur un innocent  un crime commis par un autre.

Non, une parole d’enfant, même si elle doit être prise très au sérieux, ne peut pas être assimilée à "un fait avéré" (circulaire Allègre-Royal). L’écoute des enfants ne doit se faire que par des spécialistes correctement formés, de façon extrêmement délicate ; les interrogatoires doivent obligatoirement être enregistrés. Car, là aussi, l’enfant a besoin d’être protégé !

Non, on ne peut pas compter sur une protection bienveillante, neutre, systématique de l’administration dont le premier souci est souvent de se protéger elle-même de tout soupçon. L’Etat doit une protection et une aide à ses fonctionnaires, que très peu, dans ceux concernés, ont trouvé. Des cadres doivent être définis pour que cela soit effectif. L’administration de l’Education Nationale devrait systématiquement porter plainte contre tout acte malveillant commis contre un de ses agents.

Non, on ne peut pas laisser dire "que si un enfant peut être préservé au prix de neuf enseignants accusés à tort, l’objectif est atteint" (opinion des ministres Allègre et Royal, rapportée aux délégués du personnel SNEP par le conseiller juridique du ministère d’alors, le juge Hayat).

Oui, la vague d’accusations dont sont victimes les enseignants, la judiciarisation de leur métier, influent de façon négative sur l’acte d’enseigner : pour qu’un enfant apprenne, il ne suffit pas de le lui demander, il faut créer des relations de confiance mais aussi des rapports de séduction.

Oui, des gestes peuvent être mal interprétés, car les enseignants sont régulièrement amenés à toucher les enfants, que ce soit en éducation physique et sportive ou dans d’autres moments de la journée, pour des raisons aussi variées qu’utiles (en maternelle, pas besoin de détails !). Il faut pourtant que les personnels des écoles puissent travailler dans la sérénité, sans épée de Damoclès au dessus de leur tête. Pour eux-mêmes, bien sûr, mais aussi pour la qualité de leurs interventions pédagogiques.

Non, en écrivant cela on ne défend aucun pédophile : l’injustice est insupportable, même si elle devait être unique. Il faut donc tout mettre en œuvre pour l’éviter. Et la première des choses pour y arriver, c’est d’admettre qu’elle puisse exister.

Oui, le SNUipp doit être du côté des victimes… sans oublier qu’en cas d’accusations infondées, l’adulte mis en cause est également victime (ainsi que sa famille). L’enfant qui est confronté à un processus qui le dépasse, certainement aussi.

Personne ne peut décider, au début d’une affaire qui est victime. Notre rôle de syndicalistes  est de contrôler que les dossiers de tous les mis en cause sont traités comme la loi le prévoit. Le plus difficile étant le respect de la présomption d’innocence chère à notre Justice. La mise en examen d’un enseignant est souvent accompagnée d’une suspension professionnelle. Ça n’est pas le cas pour le commun des citoyens, qu’on le veuille ou non. Les procédures doivent donc tenir compte de cette spécificité. Il faut, entre autres, garantir le revenu à la personne concernée, au moins jusqu’au jugement.


Pour toutes ces raisons on ne peut pas se contenter des circulaires (Allègre-Royal de 97 ; Lang de 2001) telles qu’elles ont été écrites : réponses faites (dans l’urgence en ce qui concerne la première), dans le climat ouvert par l’affaire Dutroux ; réponse à un état de l’opinion publique, volonté d’envoyer un "signal fort" à cette opinion.

Il faut que le ministère accepte de publier un bilan très précis des cas d’enseignants mis en cause, des procédures judiciaires et administratives suivies et des conclusions de la justice. Ce bilan tiré à partir des cas concrets connus doit servir à améliorer ce qui peut l’être, pour une protection maximum des enfants, mais aussi pour celle des personnels (pour des traitements administratifs équitables, pour leur réhabilitation, aussi, tant professionnelle que judiciaire, lorsqu’ils sont innocentés) pour que leur métier ne devienne ni un sacerdoce ni un calvaire, pour que l’enseignement donné aux enfants ne se (re)teinte pas des hypocrisies d’une contre-réforme morale..

Claude POURCEL

Secrétaire départementale du Cher

9 mai 2001

 

 

 

Justice et syndicalisme

Un débat loin d’être clos…

Enfin ! Dans "Fenêtres sur Cours" n° 219 du 27 décembre 2001 le SNUipp national reconnaît qu’il y a un problème de respect de la présomption d’innocence dans les affaires de mise en accusation…

J’ai eu à "gérer" avec Claude POURCEL, secrétaire départementale du SNUipp, et bien sûr les autres membres du bureau et le Conseil Syndical, plusieurs affaires qui me paraissent représentatives.

A titre d’exemple, je brosse rapidement  celle de notre collègue et camarade X. Il fut accusé d’atteinte sexuelle sur la personne de plusieurs élèves, accusation portée par le maire de la commune, sa famille et son 1er adjoint. Précisons que le maire est d’un bord politique opposé à celui de X, militant associatif et politique très connu, très estimé, très actif localement.

Sa défense a été assurée en coopération avec le SE, majoritaire dans le Cher (SNUipp et SE sont les 2 seuls syndicats du 1er degré dans ce département), par un comité de solidarité très pluraliste, l’Autonome et son avocat, sans défaillance… mais bien peu par le SNUipp national.

Finalement, X a été condamné à 3 mois de prison avec sursis (peine confirmée en appel).

L’importance de la mobilisation départementale du corps enseignant a fait que l’inspectrice d’Académie n’a pris aucune sanction si ce n’est de ne plus mettre X en présence d’élèves pour sa dernière année. Il semble aussi, selon certaines sources difficiles à vérifier, que le président du tribunal ait été impressionné par les soutiens multiples à X.

Ce qui m’a choqué le plus

Concernant la poursuite judiciaire

- X a été traité par les gendarmes comme le pire des délinquants depuis son 1er interrogatoire. C’était les vacances… on ne lui a donc pas mis les menottes devant les élèves !

- La presse locale a dit tout et son contraire.

- La justice a rendu un verdict mi-chou mi-chèvre : ou bien X a été condamné pour tout autre chose (son délit ne serait-il pas un délit d’opinion ?) ou, s’il a vraiment commis des atteintes sexuelles, la peine est bien légère ?

Concernant le traitement syndical

- Le SNUipp national a suivi l’affaire : une condamnation pouvait conduire à la radiation… mais ne nous a pas du tout épaulés. Le soir du jugement en appel, j’ai même eu l’impression que certains responsables nationaux considéraient la radiation comme inévitable.

- Chaque fois que je me suis risqué à parler de ce cas dans des réunions nationales, à des copains du SNU d’autres départements, que j’ai appelé le national… j’ai eu droit à des regards effarés, des silences ou des conseils d’extrême prudence.

- Chaque fois que ce sujet a été abordé en conseil national, il ne l’a jamais été de façon satisfaisante : la première fois, la discussion a tourné au psychodrame ; la 2ème fois, les réactions très vives contre l’article "Le silence des agneaux" publié dans "Fenêtres sur Cours" et signé par un "journaliste" furent suivies par des contre-réactions aussi vives, sans qu’une porte de sortie ne soit trouvée ; la 3ème fois, ce fut pour voter, fin Août 2001, un texte (certes en progrès) publié dans "La lettre du SNUipp"… en Juillet 2001 !

- La direction nationale n’a jamais répondu à la demande de publication par la secrétaire départementale dans "Fenêtres sur Cours" d’un article sur ce sujet, en réponse au précédent contesté

- Je constate qu’il est plus facile pour un "journaliste" extérieur à notre organisation d’accéder aux colonnes de "Fenêtres sur Cours" qu’à n’importe quel responsable, militant ou syndiqué : il n’existe pas de "tribune libre" pour ces derniers.

Malgré nombre de drames vécus par des enseignants poursuivis puis innocentés, jamais la direction nationale du SNUipp, et ce de façon unanime, n’a voulu démordre de son soutien à la circulaire S. Royal et de son attitude de suspicion vis à vis des mis en accusation.

A trop vouloir jouer la respectabilité, la "responsabilité", certains iraient-ils jusqu’à réviser leurs analyses sur la justice de classe ?

Jean-Claude BONNIN

PEGC, militant de l’E.E.18, depuis 30 ans

Co-fondateur, avec les élus U et A de l’ex SNI-PEGC, de la section SNUipp18,

Ex secrétaire adjoint de cette section.

A paraître fin février

"La dictature de l’émotion, la protection de l’enfant et ses dérives", par Florence Rault (avocate) et Paul Bensussan (psychiatre expert auprès des tribunaux), chez Belfond.

Ce livre relate des cas traités par l'un ou l'autre des auteurs. Cette narration est suivi de commentaires qui expliquent les problématiques ou les posent selon les cas de figure. Ces "cas" sont encadrés de chapitres plus théoriques notamment sur la parole de l'enfant, le dispositif législatif et pratique, les dérives des médias, de certaines associations, et quelques pistes pour éviter de sombrer dans l'hystérie collective.

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