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Compte-rendu de la rencontre paru dans la revue de l'École Émancipée | |
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protection de l'enfant et présomption d'innocence,
exemple de l'Education Nationale
Si dans 90% des cas les violences sexuelles sur enfant ont lieu dans le cadre familial, les récentes affaires de pédophilie fortement médiatisées ont placé l'institution scolaire au premier plan. Les drames vécus par les enfants victimes de violences sexuelles ne doivent pas être passés sous silence, et les agresseurs doivent être condamnés. Mais trop souvent les procédures à l'oeuvre dans ce genre d'affaire négligent la présomption d'innocence. La rencontre débat "Abus sexuels sur les enfants et dérives institutionnelles" organisée par l'ALAS et le CLAM le 27 mars dernier a permis d'aborder cette question dans sa globalité.
Constitué le 9 Mai 1998, le Collectif JAMAC s'est donné pour objet "d'oeuvrer à l'établissement de procédures ayant le double souci de la protection de l'enfant et du respect de la présomption d'innocence en cas d'accusation de violences sexuelles dans l'Éducation Nationale". Il se positionne sans ambiguïté pour la sanction de toute violence sexuelle. Le Collectif JAMAC est en contact avec une cinquantaine d'enseignants " mis en cause " et qui crient leur innocence. Ne se prononçant pas sur le fond des affaires, le collectif veut intervenir sur les procédures tant administratives que judiciaires, qu'il estime souvent dangereuses et pour les enfants confrontés sans précaution à la justice, et pour les adultes mis en cause, les conduisant parfois au suicide.
Sur le plan judiciaire, les procédures ne donnent pas toutes les garanties que des innocents ne soient pas condamnés : absence d'instruction, enquête faite seulement " à charge ", condamnation sans preuve...
Sur le plan administratif, la circulaire Allègre-Royal sur les violences sexuelles (circulaire n° 97 175 du 26 8 1997, BO du 4 septembre 1997) en vigueur dans l'Éducation Nationale assimile la connaissance des faits avec la confidence d'un enfant, et enclenche ainsi la machine judiciaire sans aucune intervention de personnels spécialisés dans le recueil et la prise en compte de la parole de l'enfant, sans aucune vérification de l'existence de faits précis et circonstanciés.
L'absence de précautions dans le traitement de ces affaires ne peut à terme que porter le discrédit sur les procédures employées et accentuer les effets de balancier avec leur conséquences dramatiques, dans un sens ou dans l'autre.
Nous voulons dans cette journée, tout en replaçant le problème globalement:
- insister sur le recueil et la prise en compte de la parole de l'enfant qui est un point central pour les enfants comme pour les adultes mis en cause
- examiner plus précisément les procédures mises en oeuvre quand il sagit d'enseignants ou d'éducateurs, qui reçoivent de fait un traitement particulier si ce n'est par la justice, au moins par les médias et par l'intervention l'administration.
Pour cela, le Collectif JAMAC a invité comme intervenants principaux:
-Laurence Gavarini * , sociologue, maître de conférences en sciences de l'éducation, et Françoise Petitot, psychanaliste, intervenante dans un service d'AEMO et dans un placement familial thérapeutique, toutes deux animant le groupe de recherche Ethique, Enfance, Education de l'Université Paris VIII et le groupe de recherche sur la Protection de l'enfant au GRAPE (Groupe de Recherche et d'Action pour l'Enfance).
-Maître Florence RAULT, avocat qui a en charge plusieurs dossiers denseignants ou déducateurs accusés qui sont en contact avec le Collectif JAMAC.
-Marcel BERGE, conseiller juridique du SNEP-FSU, syndicat de professeurs dEPS, métier qui est directement confronté à ce problème par son rapport au corps.
Les différentes organisations qui ont accepté de rencontrer le Collectif JAMAC (syndicats, Ligue des Droits de lHomme, Fédération des Autonomes de Solidarité ) seront invitées à participer à cette rencontre ainsi que le Ministère de l'Education Nationale et le Ministère de la Justice.
* sous réserve
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Article à paraître dans l'Ecole Emancipée
Abus sexuels sur les enfants : protection de lenfant et présomption dinnocence, exemple de lÉducation Nationale
Cest sur ce thème que sest tenu le 27 novembre dernier une rencontre-débat organisée par le collectif JAMAC. Les discussions ont montré que ce sujet délicat peut être abordé sans manichéisme.
Un peu plus de quatre-vingt personnes ont participé à cette rencontre, parmi lesquelles des enseignant(e)s de maternelle, du primaire, du secondaire et des éducateurs mis en cause dans des affaires de violences sexuelles et qui crient leur innocence. Jean-Michel MARCHAND, député " vert " de Maine-et-Loire, qui avait annoncé sa présence sest excusé de son absence, retenu par les initiatives départementales de ce samedi chargé en manifestations.
Cest tout dabord, Françoise PETITOT, psychanalyste animant le groupe de recherche Éthique, Enfance et Éducation de luniversité Paris VIII et le GRAPE (Groupe de Recherche et dAction Pour lEnfance) qui intervient.
Longtemps nous navons pas cru les enfants lorsquils nous racontaient les
manuvres ou les actes sexuels quils subissaient de la part des adultes. La culpabilité de cette surdité nous amène à faire de chaque parole denfant une parole de vérité, qui se transforme en accusation puisque les actes dénoncés sont délictueux ou criminels. Ce qui est nouveau, cest la création de la catégorie de " lenfant maltraité " en ce quelle réorganise tous les mal-êtres de lenfant sous la représentation quil y a quelque part un adulte coupable. Nous sommes entrés dans lère du soupçon. Cela est développé dans son livre écrit en collaboration avec Laurence GAVARINI, " La fabrique de lenfant maltraité " (Erès) et qui vaut à ses auteurs une hostilité nominative dun certain nombre de militants de " la cause des enfants ". La parole de lenfant, comme celle de tout un chacun, est celle dune vérité infiltrée dimaginaire, dinterprétation et de reconstruction. Il appartient certainement aux professions éducatives de prendre la mesure de limaginaire que peuvent susciter certains de leurs comportement car leur rapport à lenfant implique souvent des contacts qui peuvent prêter à équivoque pour lenfant ou ladolescent, sujet dont on ne peut pas nier la sexualité. Mais prendre ses paroles à la lettre, sans précaution, et en tirer des conséquences dans la réalité conduit souvent à des désastres pour lenfant lui-même. La parole de lenfant doit être prise au sérieux, cest à dire pas à la lettre.
Le débat dabord senclenche sur les rapports de pouvoir entre les enseignants et les jeunes, la possibilité que des adolescents fassent des réalités de leurs fantasmes. Marcel BERGE demandait si le commissariat était bien le lieu pour recueillir la parole dun(e) adolescent(e) face à ces problèmes complexes. Puis longuement sur les attitudes qui peuvent être prises pour équivoques à leur insu de la part des adultes ou des enfants, de la question du " toucher ". Et de lévolution de la société de ce point de vue, avec lexemple des USA.
Maître Florence RAULT, avocate qui a en charge la défense de plusieurs enseignants accusés, aborde dans son intervention le problème sous langle juridique.
Si les statistiques font état dune très forte augmentation des cas portés en justice de violences sexuelles, surtout depuis laffaire Dutroux fortement médiatisée, il nen existe pas de disponibles sur les enseignants, auxquels certains attribuent 2,5% de ces cas (et 90% dans la famille). Le ministère de lÉducation Nationale a répondu à cette situation par la circulaire du 27 août 1997, qui, si elle a brisé la loi du silence, a aussi fait que des responsables de lenseignement se sont crus obligés de dénoncer tout et nimporte quoi. Le législateur y a répondu par la loi du 17 juin 98, en vigueur depuis le 1er juin 99, avec une volonté affichée de renforcer la prévention et la répression des agressions sexuelles. La déposition de lenfant qui se plaint de violences sexuelles doit être filmée avec son consentement. Cette disposition peut être un progrès par rapport à la situation où lon ne sait rien sur la façon dont lenfant a été interrogé, où lon a les réponses sans les questions, qui peuvent orienter, suggérer Sauf que ni les commissariats ni les juges dinstruction nont le matériel pour que cela soit effectivement fait, et que personne nest formé pour. Et quil y a bien peu de services spécialisés aptes à recueillir la parole de lenfant. Le juge dinstruction instruit le plus souvent à charge. Si quelquun accusé sestime innocent, il faut quil braille son innocence, avec laide de son avocat. À condamner tous azimuts comme on le fait en ce moment, à ne pas se donner la peine de rechercher la vérité, on va pécher par excès inverse et la parole risque de ne plus être prise en compte.
Le débat porte sur le rôle des experts psychiatres comme auxiliaires de justice, la difficulté de " brailler " son innocence en détention provisoire. Françoise PETITOT souligne que nous navons pas affaire à une mode, mais à un problème idéologique, politique et économique lié à lidée que lon doit judiciariser le plus intime de la vie privée. Il faut échapper aux positions manichéennes, et au contraire problématiser la situation en la complexifiant. Michèle OLIVAIN (SNES-FSU) remarque quil ny a pas de contradiction entre ce qui sest dit au 10ème anniversaire de la convention des Droits de lEnfant et ce qui se dit à cette rencontre. Il ne faut pas rendre lenfant responsable des décisions qui sont prises à son sujet par des adultes.
Le troisième intervenant est Marcel BERGE, responsable du secteur juridique du SNEP-FSU .
Alors quen 25 ans, le SNEP a eu à traiter moins de 10 cas de délits supposés relatifs aux murs, depuis 96, plus de 40 dossiers retenus se sont révélés sans fondement. Les remarques faites par le SNEP au Ministère nont pas été prises en compte. Après évocation du drame qui a conduit Bernard Hanse au suicide, Marcel BERGE fait état des cas concrets de signalements prévus par la circulaire du 26 août, signalements qui ont entraîné des enquêtes de police ou de gendarmerie, avec des classements sans suite, mises en examen, non-lieu ou procès, avec relaxe ou non, avec aussi des pressions administratives pour des mutations doffice déguisées même lorsque la dénonciation était reconnue sans objet, et avec trop rarement quelques mesures de réhabilitation et la poursuite des auteurs des déclarations mensongères devant une juridiction pénale. Un cas d'acharnement dune section de parents d'élèves à poursuivre tel collègue de sa vindicte pour tenter d'obtenir son déplacement alors qu'il est victime d'une rumeur sans fondement. Tel personnel de santé qui suscite des déclarations délèves de curieuse façon. Des cas de mensonges avérés délèves par vengeance, des cas où certains élèves ont mal interprété des contacts inévitables en EPS.
Dans le débat, Michèle OLIVAIN fait état du jugement du Tribunal Administratif de Grenoble qui condamne le Recteur pour erreur manifeste dappréciation lors de la suspension, en application de la circulaire, dun collègue accusé dexhibitionnisme un jour où il était absent [le Recteur a fait appel]. Elle sinquiète aussi du rapport de lInspection Générale de lAdministration de lÉducation Nationale, qui aborde la " pédophilie " sous le seul aspect de comment linstitution peut-elle se protéger de toute critique sur ces questions. Un débat sinstaure sur les répercussions en terme de métier de ces accusations, sur lobligation théorique pour ladministration de protection du fonctionnaire, bien peu mise en uvre, sur la réhabilitation bien peu présente, et laide à la reprise dactivité toujours absente. JAMAC rappelle ses critiques de la circulaire qui assimile connaissance des faits à déclaration denfant. Le docteur BENSUSSAN , psychiatre expert près la cour dappel de Versailles, auteur du livre " Inceste, le piège du soupçon " (Belfond) insiste sur la " peur " de tous les protagonistes dans ces affaires. Une participante met laccent sur les gens condamnés qui se disent toujours innocents, et leur exclusion de la société.
Cette rencontre a donné lieu à un débat dense, qui sera retranscrit comme document de travail.
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| "Ecole et violences sexuelles", Cahiers de l'Institut de Recherche de la FSU | |
| "Chimères" n°35 et 36, 21ter rue Voltaire, 75011 Paris | |
| "Le fonctionnaire et le juge pénal" R. de Castelnau et F. Rault, Edition du Papyrus | |
| "La fabrique de l'enfant maltraité" L.Gavarini et F.Petitot Editions Erès | |
| "L'enfant mis à nu. L'allégation d'abus sexuel: la recherche de la vérité" H.Van Gijseghem , Montréal, Méridien | |
| "La recherche de vérité en matière d'allégation d'abus sexuel: situations difficiles" H.Van Gijseghem, Revue canadienne de psychoéducation. Vol.25.n°2, 1996 | |
| Dossier « La violence sexuelle contre les enfants » Revue de lEcole émancipée n°3 octobre 1998 |
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Présentation de lintervention de Françoise PETITOT
On le sait, longtemps, nous navons pas cru les enfants lorsquils nous racontaient les manuvres ou les actes sexuels quils subissaient de la part des adultes.
Les temps, les murs, les représentations ont changé et la culpabilité de cette surdité nous amène à faire de chaque parole d'enfant une parole de vérité. Parole de vérité qui se transforme en accusation puisque les actes qu'elle énonce sont délictueux ou criminels.
Or la parole de lenfant, comme celle de tout un chacun, est celle dune vérité infiltrée dimaginaire, dinterprétation et de reconstruction. Il appartient certainement aux professions éducatives de prendre la mesure de limaginaire que peuvent susciter certains de leurs comportements car leur rapport à lenfant implique souvent des contacts qui peuvent prêter à équivoque pour lenfant ou ladolescent lui-même. Mais prendre ces paroles à la lettre, sans précaution, et en tirer des conséquences dans la réalité conduit souvent à des désastres pour lenfant lui-même : séparations précipitées, confrontations ravageantes, conséquences judiciaires pour ses proches et ses moins proches.
Françoise PETITOT
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Article de Marcel BERGE dans SNEP n°561 du 10 juillet 1998
Pour le respect de la présomption dinnocence
Une rencontre de représentants du " Collectif JAMAC " et du SNEP a eu lieu le 26 juin.
Informés du non lieu dont venait finalement et heureusement de bénéficier Charles Hureau, professeur dEPS dans lAcadémie de Nantes, injustement accusé de " gestes ressentis comme déplacés " à loccasion de parades ou de démonstrations, illégalement suspendu, le collectif JAMAC et le SNEP entendent poursuivre leurs actions, sur le champ de leurs responsabilités respectives, et pour que soit respectés à la fois la nécessaire protection des enfants et des jeunes contre toute forme de violence et la dignité, lhonneur denseignants souvent mis en cause sans discernement à partir de rumeurs ou daccusations infondées et malveillantes dadolescents(es).
Le SNEP a pu noter quau cours des derniers mois, le nombre de collègues mis en cause pour maltraitance a sensiblement diminué. Il faut y voir sans douter une vigilance plus grande des intéressés, mais aussi une prise en compte plus responsable des autorités sur la nécessité déviter les graves violations du droit et de la présomption dinnocence qui ont caractérisé la période précédant et suivant immédiatement la circulaire du 26 août 1998. Il reste, comme nous lavions précisé lors de laudience ministérielle du 2 février et comme le réclame à juste titre le " Collectif JAMAC ", que cette circulaire doit être revue en tenant compte des critiques formulées. Le SNEP, comme le Collectif, dénonce le signalement " automatique " au procureur qui enclenche la machine judiciaire sans intervention de personnels spécialisés dans le recueil de la parole de lenfant, et sans aucune vérification de ce que la loi elle-même appelle " faits précis et circonstanciés ".
Marcel BERGE
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Plan de l'intervention de Maître Florence RAULT
INTRODUCTION
* les statistiques
* les incriminations - que recouvrent-elles ?
* point sur la législation (loi du 17 juin 1998 et circulaire Royal)
I - La parole des enfants
- qui est chargé de la
recueillir dans le procès ?
- quelles compétences
sont mises en place pour la recueillir ?
II - L'adulte mis en cause
- la procédure
- quelle attitude
adopter ?
CONCLUSION ( les moyens de défense, les ripostes)