Présentation du comité de
soutien aux 6 innocents en appel dans l’affaire d’Outreau par Roselyne
GODARD
La mise en place d’un comité de soutien pour les 6
personnes qui étaient à mes côtés sur le banc des accusés à Saint Omer,
a été ma première préoccupation après le verdict du 2 juillet 2004. A mon
sens, ces 6 innocents ont été injustement condamnés. Je n’ai pas compris
pourquoi eux et pas moi, et pourquoi moi et pas eux. Pour reprendre une
expression de mon conseil après le verdict, le même vide sidéral occupait
l’épais dossier de l’affaire d’Outreau pour ces 6 personnes qui ont été
condamnées, comme pour nous les sept innocentés.
Pour expliquer l’action du comité de soutien
en quelques mots, c’est assez simple. Elle s’est surtout limitée à dire
« vous n’êtes pas seuls » car ce qui est difficilement
supportable, c’est la solitude face à l’horreur des accusations dont vous
faites l’objet, sachant que vous n’êtes pas coupable de ce que l’on
vous reproche. Nous les avons entouré par notre présence, et nous les réconfortions
quand ils manquaient d’énergie. Ils savaient tous qu’ils pouvaient
appeler à l’aide quand ils avaient besoin de partager leur détresse ou
quand un nouveau souci survenait.
A plusieurs reprises nous avons accompagné
ceux qui devaient se rendre chez leurs avocats pour préparer leur défense.
Les déplacements étaient ingérables pour certains d’entre eux;
principalement financièrement. Tous ont subi plusieurs années d’incarcération
et ils sont démunis de tout. Pour pouvoir se présenter dans des conditions décentes
au procès en appel, Le comité de soutien leur a également apporter une aide
matérielle.
J’ai également la satisfaction de pouvoir
dire aujourd’hui que mes 6 compagnons d’infortune seront soulagés de la
problématique financière durant les quatre semaines d’audiences programmées.
L’hébergement, la restauration et les transports seront prises en charge grâce
aux fonds qui ont été adressés au comité de soutien par les plus de 1700
adhérents qui nous ont rejoints.
Durant les quinze mois qui viennent de s’écouler,
à titre personnel, j’ai traversé la France de part en part, pour témoigner
de la monumentale erreur judiciaire commise dans cette dramatique affaire,
mais aussi pour faire comprendre que justice n’avait pas été rendue pour
ces 6 personnes qui vivent l’enfer depuis bientôt 5 ans. En détaillant les
multiples dysfonctionnements de la Justice dans ce dossier, cela a été chose
aisée. Il était également important pour moi de faire entendre qu’une mésaventure
de ce type n’arrive pas qu’aux autres. J’avais à cœur aussi de faire
prendre conscience à tous ceux que je rencontrais qu’un changement de notre
institution judiciaire s’imposait et que c’était l’affaire de tous.
J’ai par ailleurs été sollicitée par l’Ecole
Supérieure de Journalisme à Paris pour la formation continue des
journalistes de France 3 et de Radio France. Régulièrement j’apporte mon témoignage
de l’envers du décor en espérant que cela puisse servir à ce que les médias
ne fabriquent plus des coupables avec des innocents.
Nous sommes à la veille du procès en appel
qui devrait avoir lieu si tout se passe bien à partir du 3 Novembre 2005. Le
soudain report du procès, qui aurait dû avoir lieu logiquement en mai, nous
laisse supposer que tant que nous n’aurons pas franchi les portes de la cour
d’assises, l’attente peut encore perdurer. Dans tous les cas de figures,
nous serons aux côtés de ces 6 personnes jusqu’à ce que leur innocence
soit reconnue. Nous nous relaierons durant le procès pour être constamment
présents, et nous les soutiendrons dans ce combat contre l’injustice
qu’ils subissent encore.
Pour en terminer avec l’action menée par le
comité de soutien, il est important également de rappeler que nous avons
organisé plusieurs rassemblements face au Tribunal de Grande Instance de
Boulogne sur Mer pour appeler à la mobilisation. Toujours dans l’esprit de
rappeler que pour 6 personnes l’affaire d’Outreau n’était pas close,
nous avons fait appel aux médias. La presse locale comme le journal Libération
et France 3 nous ont soutenu dans ces manifestations.
La dernière en date, c’était hier 24 septembre
2005. Nous avons exposé combien l’attente pour tous ceux qui subissaient
l’affaire d’Outreau était interminablement interminable, mais aussi pour
nous tous citoyens de France à qui l’ex-ministre de la Justice Dominique
Perben avait fait des promesses qu’il n’a pas tenues.
Le rapport de la commission Viout vu par
Roselyne GODARD
Basé sur l’étude du dossier de l’affaire
dite d’Outreau, le rapport de la commission Viout dénonçait en grande
partie les dysfonctionnements de l’institution judiciaire réunis dans ce
dossier. Il préconisait également toutes les mesures qu’il serait bon de
prendre pour éviter de telles catastrophes judiciaires. Il y a quelques mois
le ministre de la Justice semblait vouloir en tenir compte. Monsieur Perben a
changé de ministère depuis, mais son successeur Pascal Clément aurait
normalement dû reprendre la suite de l’opération. Ce rapport de la
commission Viout doit logiquement se trouver entre les mains du Garde des
Sceaux actuel ! Ce sont nous les contribuables qui avons financé ce
travail et il me semble important que cela n’en reste pas là.
Malheureusement je pense que les promesses
d’hommes politiques n’aboutissent jamais.
Ces mesures ont été annoncées parce que la France s’inquiétait de
la façon dont été réglée la Justice, mais une fois la tension retombée, les réformes ont été oubliées… et cela ne sera suivi
d’aucun effet.
C’est pourquoi je crois que nous devons nous
mobiliser. C’est l’une des raisons pour laquelle je suis ici
aujourd’hui. Toutes les associations qui regroupent des hommes et des femmes
victimes des dysfonctionnements judiciaires, comme celles qui défendent les
intérêts des victimes de toute nature doivent unir leurs forces pour exiger
que l’institution judiciaire change. Hier c’était certains d’entre nous
dont les vies ont été brisées à tort, aujourd’hui cela sera peut-être
l’un d’entre vous, et demain nos enfants ou petits-enfants, et c’est
inacceptable. Il y a urgence à ce que cela change ! Nous ne pouvons nous
contenter d’une justice imparfaite. La justice, comme l’a rappelé M.
Perben lorsqu’il nous a reçu à la chancellerie nous les acquittés d’Outreau,
est une justice humaine, et elle a droit à des erreurs. Je pense qu’il y a
aussi possibilité de les limiter. Comment ?
Le rôle
des experts !
Tout d’abord en révisant le rôle des
soi-disant experts qui sont missionnés par les juges d’instruction !
Les experts psychologues et psychiatriques outrepassent leur fonction en se
disant porteurs de la vérité. Leurs rapports sont truffés d’affirmations
qui ne reposent sur rien ! Dans l’affaire d’Outreau, nous mis en
cause, étions tous, paraît-il, porteurs des signes d’abuseurs sexuels …
d’après l’expert psychologue qui s’est entretenu une demi-heure avec
chacun d’entre nous. Ses conclusions nous ont à tous valu d’être
maintenus en détention, car c’était l’argument majeur qui motivait
chacune des décisions de rejet de nos demandes de remises en liberté.
Je pense que ces experts devraient suivre une
formation professionnelle, c’est ce que la commission Viout préconisait.
D’ailleurs leur corporation s’était réunie l’an dernier, pour mettre
en place une charte. Depuis personne n’en entend plus parler. Oublié le
scandale des experts de l’affaire d’Outreau ! Oubliées, toutes les
victimes d’erreurs judiciaires ! Ils continuent tous à faire comme bon
leur semble. Suivant leur intime conviction, ils peuvent décider du sort des
personnes qu’ils sont chargés d’examiner !
C’est anormal !
La
solitude du juge d’instruction !
Dans
l’affaire d’Outreau la chambre de l’instruction avait proposé au juge
d’instruction l’aide d’un autre magistrat pour instruire cette affaire,
aide qu’il a refusée. Peut-être que cela aurait évité quelques erreurs,
peut-être pas ! La commission Viout préconisait un deuxième juge
d’instruction dans les affaires sensibles ! A mon sens toutes les
affaires sont sensibles et que pourrait apporter de plus un deuxième juge
d’instruction ? Je pense qu’à ce niveau là les textes sont bien
faits. L’application qui en est faite n’est malheureusement pas la bonne.
Un justiciable voit d’abord un juge
d’instruction. Il est ensuite dirigé vers un juge de la liberté et de la détention,
qui est censé lui aussi ouvrir le dossier. Il y a également le Procureur qui
a aussi cette obligation, pour savoir s’il poursuit ou non la personne mise
en cause, cela fait déjà 3 personnes qui sont censées examiner le dossier
et l’étudier. Donc ça fait 3 avis différents. On a ensuite toute la
chambre de l’instruction. Dans l’affaire d’Outreau, comme nous étions
17 mis en cause qui faisions des demandes d’actes à répétition, nous
avons épuisé tout ce qui portait robes à fourrure d’hermine… Si mes
chiffres sont exacts 53 magistrats auraient dû ouvrir le dossier en plus du
juge d’instruction ! Ils ne l’ont certainement pas fait puisque si
ils l’avait ouvert ce fameux dossier ils se seraient rendus compte de toutes
les incohérences qui y figuraient ! Un deuxième juge d’instruction
aurait-il fait mieux que tous ses collègues ? Je ne crois pas !
J’ai pour ma part bénéficié de la
prestation de magistrats vacataires qui bizarrement m’ont remis en liberté
après m’avoir reçue. La différence avec les autres c’est qu’ils s’étaient
intéressés à comprendre ce que contenait le dossier… et ils ont compris !
Ils ont simplement fait leur travail, chose que tous les autres ont oublié !
D’après moi, c’est un changement d’état
d’esprit qui est nécessaire et rien d’autre !